L’architecture de l’information en bref

Introduction

L’essor considérable du Web depuis son invention au début des années 1990 (de 26 sites Web en 1990, on en compte aujourd’hui près de 300 millions, selon Netcraft), a stimulé la demande de professionnels, dont certains n’existaient pas auparavant: webmestres, édimestres, développeurs et programmeurs, administrateurs de bases de données, designers et graphistes, rédacteurs, réviseurs et spécialistes en localisation, spécialistes en marketing Web, spécialistes en accessibilité Web, animateurs de communautés, etc. (voir «Les métiers du Web»).

Rapidement, il s’est aussi avéré rentable, voire incontournable, pour des sites riches en contenus, des sites d’entreprise, de grandes organisations ou de commerce en ligne, de faire appel à des spécialistes de l’organisation et du repérage de l’information, de même qu’à des spécialistes de l’expérience utilisateur. Ces deux d’expertises, très interreliées, convergent vers un même objectif: garantir un accès intuitif et facile, pour l’utilisateur d’un site Web (ou, plus généralement, de tout système d’information), au contenu du site. Dans un environnement aussi compétitif que celui du Web, ce qui garantit que l’utilisateur d’un site y reviendra dépend en grande partie de l’expérience de sa visite: est-il parvenu à trouver directement l’information qu’il cherchait, ou alors a-t-il dû décoder le système d’organisation du site? S’est-il senti directement confortable avec l’interface du site et son système de navigation?

Si les architectes de l’information sont les spécialistes de l’organisation et de la repérabilité de l’information, leur pratique s’inscrit généralement dans la philosophie du design de l’expérience utilisateur. On voit donc plusieurs recoupements entre les architectes de l’information et de nombreuses autres spécialités: utilisabilité, design de l’interaction, design de l’information. Nous verrons la distinction entre toutes ces disciplines plus loin.

Définition

L’architecture de l’information étant une discipline jeune très ancrée dans la pratique et très proche d’autres spécialités, sa définition ne fait pas consensus. D’éternels débats ont eu lieu sur divers blogues et listes de discussion, au point que l’on s’y réfère par l’acronyme DTDT – Defining the Damn Thing (voir ici).

Les architectes de l’information ont leur propre association professionnelle, l’IA Institute. La définition que l’institut propose est la suivante:

  • La conception structurelle des espaces d’information partagée;
  • L’art et la science d’organiser et de cataloguer des sites Web, des intranets, des communautés virtuelles et des logiciels pour en faciliter l’utilisation et le repérage;
  • Une communauté de pratique émergente fondée sur l’apport de principes du design et d’architecture spécifiques à un environnement numérique.

Le parallèle avec l’architecture en bâtiments est souvent utilisé pour expliquer ce qu’est l’architecture de l’information. L’architecte est le concepteur d’un espace conçu pour être habité et fréquenté par des humains: sa conception doit donc être pensée et appropriée pour les besoins des personnes qui utiliseront les lieux. Ces derniers devront pouvoir s’y repérer et y vivre une expérience riche et positive. L’architecture de l’information poursuit des objectifs similaires, mais pour des environnements numériques. Avant qu’entrent en scène le designer graphique et le développeur Web, l’architecte de l’information va analyser le public du site, analyser les besoins du producteur, analyser le contenu et dessiner les plans qui serviront de base au travail de design visuel et de programmation, que l’architecte pourra être amené à superviser à titre de spécialiste de la structure et du fonctionnement du système d’information. Sa préoccupation constante pour l’expérience des utilisateurs est ce qui le distingue des informaticiens et architectes de systèmes, qui agissent plutôt dans le «back-end»: la programmation, la structure de la bases de données, etc.

L’architecture de l’information est une profession qui s’apparente grandement à la bibliothéconomie, dans ses objectifs et ses méthodes: classification, catégorisation, méta-données, navigation. Selon un sondage effectué en 2006 pour le livre Information Architecture for the World Wide Web, 44,2% des praticiens de l’AI ayant une formation universitaire avait étudié en BSI, de loin le type de formation le plus fréquent.

AI et sciences de l’information

L’expression «architecture de l’information» a été utilisée pour la première fois en 1975 par Richard S. Wurman, un architecte intéressé au problème de rendre l’information compréhensible. Ce n’est cependant qu’à partir de 1990 que l’architecture de l’information commence réellement à se développer comme discipline. Ce que Wurman avait en tête est maintenant plus considéré comme du «design d’information» que comme de l’architecture de l’information à proprement parler.

Au début des années 1990, des diplômés d’écoles de bibliothéconomie et de sciences de l’information états-uniennes, voient une opportunité formidable de nouveaux débouchés pour leurs compétences: la conception de sites web. C’est notamment le cas de Louis Rosenfled et Peter Morville, qui joueront un rôle de premier plan dans le développement de la profession. On ne tarde pas de réaliser que le savoir-faire et les pratiques inhérentes à la bibliothéconomie sont sollicités lors de la conception de sites web, et mènent à une démarche systématique et rigoureuse qui donne d’excellents résultats. L’approche, baptisée architecture de l’information, par analogie avec le travail de l’architecte dans la construction d’un bâtiment, s’impose graduellement et connaît un tel succès qu’à la fin des années 1990, on parle d’une véritable discipline, dont la pratique est établie.

Dans les faits, les «architectes de l’information» ne proviennent pas exclusivement de la bibliothéconomie et des sciences de l’information (BSI), mais également d’autres disciplines comme les communications, le design graphique, la rédaction technique et l’informatique. Cependant, comme le domaine a une forte parenté avec la BSI, il était naturel pour les écoles de BSI de s’ouvrir à l’architecture de l’information et de l’intégrer dans leurs offres de formation, ce qu’elles commencent à faire autour des années 2000. Autre signe de reconnaissance du monde de la BSI, en 2000, l’American Society for Information Science and Technology (ASIS&T) organise son premier «Information Architecture Summit». L’événement en est à sa 12e édition en 2011.

L’architecture de l’information (AI) s’inscrit dans la lignée des approches centrées utilisateur et s’inspire beaucoup aujourd’hui du concept d’expérience utilisateur. Son domaine dépasse maintenant la simple conception de sites web pour s’élargir à l’ensemble des supports, y compris les supports traditionnels, et inclut des dimensions comme les besoins des utilisateurs, l’organisation de l’information et des connaissances et l’évaluation de l’expérience utilisateur. Avec l’avènement des plates-formes mobiles et des médias sociaux notamment, l’AI n’est plus exclusivement liée au web et son focus se déplace graduellement de la notion de système vers celle de service à une communauté d’utilisateurs.

Disciplines connexes

Plusieurs pratiques s’apparentent, et selon les contextes, se substiuent parfois à l’architecture de l’information. En fait, on trouvera rarement un architecte de l’information qui ne maîtrise pas également, au moins partiellement, les enjeux liées à l’utilisabilité, au design de l’interaction, à l’optimisation pour les moteurs de recheche, et inversement. Bien que certains professionnels se présentement comme des professionnels de l’expérience utilisateur et d’autres comme des architectes de l’information, ces titres sont bien souvent interchangeables.

L’IA Institute a développé une taxonomie et un glossaire. Voici certains des éléments les plus importants à connaître et à différencier.

  • Architecture de l’information (AI ou IA, pour Information architecture) – Structure conceptuelle définissant les emplacements et les interactions des différents contenus d’un système d’information et plus spécifiquement d’un site Web, d’un intranet ou d’un extranet, afin d’aider les utilisateurs à trouver et à gérer les données (OQLF). L’art et la science d’organiser et de cataloguer des sites Web, des intranets, des communautés virtuelles et des logiciels pour en faciliter l’utilisation et le repérage (IAI).
  • Expérience utilisateur (UX, pour User experience) – Qualité de l’expérience d’une personne pendant son interaction avec un produit, un lieu, un site Web, ou quoi que soit qui est le fruit d’un design préalable.
  • Design de l’information (ID, pour Information design) – Alors que l’architecture de l’information permet de repérer l’information, le design de l’information permet de la comprendre. Le design de l’information s’appuie sur des principes de design afin de traduire des données complexes et non structurées en de l’information compréhensible de valeur.
  • Design de l’interaction (IxD, pour Interaction design) – Le design de l’interaction définit le comportement de produits et services interactifs, dans l’objectif de créer des expériences riches entre les utilisateurs et les systèmes d’information qu’ils utilisent. (IxDA)
  • Interaction Homme-Machine (IMH, ou HCI, pour Human-computer interaction) – Étude de l’interaction entre les humains et les ordinateurs, et des méthodes permettant de simplifier cette interaction.
  • Interface utilisateur (UI, pour User interface) – Ensemble des outils développés et mis à la disposition de l’utilisateur pour dialoguer avec l’ordinateur (OQLF).
  • Utilisabilité (de usability, parfois traduit par convivialité) – Le degré selon lequel un produit peut être utilisé, par des utilisateurs identifiés, pour atteindre des buts définis avec efficacité, efficience et satisfaction, dans un contexte d’utilisation spécifié (Selon la norme ISO 9241-11). Qualité d’un matériel ou d’un logiciel qui est facile et agréable à utiliser et à comprendre, même par quelqu’un qui a peu de connaissances en informatique (OQLF).

Jesse James Garrett, dans son livre The Elements of User Experience, a produit un schéma classique qui synthétise bien toutes les facettes de l’expérience utilisateur:

Les éléments de l'expérience utilisateur

Ressources

Consultez cette collection de ressources en architecture de l’information.

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